Le retour de la bête

La résistible ascension d’Arturo Ui
de Bertolt Brecht
Mise en scène Dominique Pitoiset

Lorsque le rideau se lève, la scénographie – audacieuse – impressionne.
Le décor se révèle, à mi-chemin entre une morgue et une grande salle de réunion. Avec, au centre, un homme assis qui nous tourne le dos. Un grand écran projette une vidéo du chef d’orchestre Ricardo Mutti dirigeant le Nabucco de Verdi à Rome. Le 12 mars 2011, des tracts furent lancés des balcons pour dénoncer les coupes budgétaires du gouvernement Berlusconi. Le message politique voulu et assumé s’impose dès la première note.

 

Au théâtre de Sceaux, Dominique Pitoiset met en scène La Résistible ascension d’Arturo Ui. Une réécriture du texte de Bertolt Brecht, publié en pleine guerre, en 1941. Il relate l’arrivée au pouvoir de ce personnage, mi-Al Capone, mi-Hiltler, assassin et leader à la fois. Ou comment un piètre mais féroce chef de gang parvient à faire main basse sur tout un pays que l’on devine être l’Allemagne sous les traits de Chicago, aux temps d’une mafia triomphante.

Sur scène, Philippe Torreton, engagé comme jamais, joue Arturo Ui, entraînant avec lui une troupe talentueuse. Quant au propos réactualisé, il fait l’écho au contexte politique du moment, triste et inquiétant. Arturo Ui version 2016 dénonce la présente montée des populismes et de l’extrême droite, partout en Europe, encouragée par la crise économique et la corruption. Brecht avait prévenu : « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde. »

La pièce, rédigée par le dramaturge allemand lors de son exil loin du Reich et des Nazis, est ainsi revisitée par le regard contemporain de Dominique Pitoiset, qui associe décor choc, séquences vidéos, hard rock allemand et allusions (parfois faciles) à l’actualité. L’objectif est clair : sur un mode satirique et dérisoire, faire rire du fascisme, tant bien que mal, et interpeler le public en disséquant le concept d’une Histoire qui se répète invariablement.

A la fin, les applaudissements pleuvent, non sans que certains s’offusquent de l’utilisation du drapeau français et le crient en direction de la scène. Le metteur en scène s’est même inspiré de notre devise nationale pour la remplacer par «autorité, identité, inégalité » ! Humour grinçant, qui n’est pas du goût de tout le monde. Volontaire clivant, ce spectacle grotesque et glaçant pose les bonnes questions… Sans vraiment donner de réponse. A nous, spectateurs avertis, de chercher les parades et les solutions.

 

Maylis Le Texier

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