Fleur de Tonnerre de Stéphanie Pillonca-Kervern

Ses yeux se courbent vers les nuages. La petite fille tourne et tourne encore sur elle-même jusqu’à s’abandonner au vertige délicieux d’une danse excessive et solitaire. Elle tombe. Dans la prairie, entre flots déchaînés et bois mystérieux. Nous sommes en Bretagne, 1810.

© Déborah François

« Je t’ai dit de ne pas toucher à ces plantes. C’est du poison ». Un interdit, une frustration. La petite fille les cueille discrètement. Il faut dire que sa maman n’est pas très tendre. Quand sa fille lui tend la main pour rentrer à la maison, elle ne la prend pas. Elle l’ignore. Elle ne l’appelle même pas par son prénom. C’est « Fleur de tonnerre ».

Le film retrace la véritable histoire d’Hélène Jégado, la plus grande empoisonneuse française du XIXe siècle. Il nous montre combien une enfance gâchée entre privation et marginalité peut déterminer la vie d’une personne. De fait, la petite Hélène ne va pas à l’école. Sa maison est trop reculée. Chaque soir les adultes se droguent devant l’enfant intrigué et redoutent la venue de l’Ankou, le serviteur de la mort en Basse-Bretagne. Un rituel difficile pour une petite fille qui ne peut pas remettre en question la folie de son entourage.

Jamais surveillée, elle s’en va prier la statue du maléfique squelette à la hache, dans une chapelle terrifiante, pour lui tendre une main et l’observer. Son imagination se développe alors. La petite fille veut servir l’Ankou en lui répétant : « Je ferai ce que tu voudras ». Pour commencer elle empoisonne sa mère. Sans affect ni regret.

Devenue adulte, sa méthode est simple. Cuisinière dans les presbytères et les maisons bourgeoises, elle ajoute de la « poudre blanche » dans la soupe ou les gâteaux qu’elle prépare. C’est de l’arsenic, sous la forme de « mort-aux-rats ». L’Ankou… Hélène est maintenant persuadée d’en être l’incarnation.

Accusée très tardivement d’une quasi-centaine de meurtres, elle est guillotinée à Rennes après son procès, à l’âge de quarante-huit ans. Le film souligne bien le comble de l’histoire : Hélène était terrifiée par sa propre mort.

Photographie d’Hélène Jégado, vers 1850

« Je ne crains rien ni personne » – Fleur de Tonnerre

Stéphanie Pillonca-Kervern nous embarque dans un univers effrayant et extrêmement bien ciselé. En faisant le choix de Déborah François pour jouer Hélène Jégado, la réalisatrice apporte une vraie douceur au personnage qui la rend étonnement attachante. L’actrice mène sa barque avec une véritable sensualité. Mais son regard noir et très sombre nous rappelle la cruauté débordante de cette femme. Nous retrouvons ce balancement entre ange et démon lorsque la mort vient toquer à sa propre porte : donner la mort était une raison de vivre, mais comment accepter de se faire guillotiner en place publique ? Hélène Jégado ne tuait pas pour attirer l’attention mais bien parce qu’elle se considérait comme la réincarnation de l’Ankou. Cette terrible atmosphère est d’autant plus envoutante grâce à la photographie du film. Les superbes plans de la Bretagne plongent le spectateur dans une ambiance obscure et très réaliste du XIXème siècle. Nous pouvons dire en ce sens que Stéphanie Pillonca-Kervern a fait un choix audacieux et unique. Cette adaptation de l’oeuvre de Jean Teulé, coécrite par la réalisatrice elle-même et son mari Gustave Kervern, est un pari réussi. En effet, s’attaquer pour un premier long-métrage au sujet d’une femme criminelle du XIX ème siècle était risqué et il fallait l’oser. Ce film est une véritable réussite !

 

Amélie Verrey

 

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