Nouveau départ ou illusions… – Blue Jasmine

Le destin d’une femme riche dont la vie bascule, signé par un Woody Allen très en forme.

 

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Qui a dit que le réalisateur bien connu Woody Allen n’avait plus d’inspiration ? Si son dernier film, To Rome with love, peinture de l’Italie qui reprenait sans nous surprendre les vieilles recettes alleniennes, avait laissé mitigés les cinéphiles, il n’en sera pas de même pour ce nouveau film, Blue Jasmine.

L’héroïne, Jasmine, incarnée par la prodigieuse actrice Cate Blanchett, voit toute sa vie bouleversée lorsqu’elle réalise que son mari fortuné, Hal (Alec Baldwin), non seulement la trompe depuis des années, mais est un véritable escroc du monde de la finance. Anéantie, et pour tenter de refaire sa vie, elle se réfugie chez sa soeur, Ginger (Sally Hawkins), qui vit dans un monde totalement différent de celui que Jasmine s’était construit.

Derrière un scénario original pour un film de Woody Allen, on retrouve cependant tout le style qui a fait la notoriété du cinéaste : une manière unique de peindre le quotidien des gens, un sens du dialogue qui n’appartient qu’à lui, une nervosité que l’on re- trouvait toujours chez le réalisateur lorsqu’il jouait lui-même dans ses films, et qu’il semble avoir inculqué à ses acteurs. La réussite de ce film : un mélange du « classique » Woody Allen, et un renouveau dans le scénario.

Une autre grande habitude de l’auteur : la confrontation de différents milieux, souvent un rapport entre différents milieux intellectuels ou politiques, et dans Blue Jasmine l’incompréhension entre les « riches » et les « pauvres », le décalage entre ces deux mondes, celui de Jasmine et celui de Ginger. De même, on sent en Jasmine la profonde conviction d’être supérieure au monde de sa soeur, de mériter mieux, et plus.

Woody Allen use de son habitude de jouer avec l’avis du spectateur : au début, nous pénétrons dans le film en découvrant l’image d’une Jasmine qui contrôle parfaitement sa vie (comme elle-même souhaiterait le croire), jusqu’à ce que l’on réalise son mal-être et son aveuglement, grâce à un processus nouveau chez le réalisateur, le flashback, qui nous révèle le passé de cette femme.

A travers la confrontation avec Ginger, le spectateur est clairement invité à prendre position : Jasmine va vouloir persuader sa soeur que les hommes qu’elle choisit ne la méritent pas : trop pauvres, pas assez ambitieux.
Et le spectateur voit l’évidence : comment Jasmine peut-elle encore prétendre donner des conseils en matière de jugement sur les hommes étant donné ce qui lui est arrivé ? Qui serait l’homme idéal pour les deux soeurs ? L’homme riche qui vole et qui trompe ? L’homme pauvre mais qui est prêt à se rendre ridicule pour prouver à son amie qu’il l’aime ? Le spectateur se trouve déchiré entre l’agacement et la sympathie qu’il éprouve pour l’héroïne.

Et au delà de toutes ces questions, ce qui ressort de Blue Jasmine est un phénomène rare chez Woody Allen : derrière le farfelu, le rire, l’inimitable humour, le tragique et le sérieux se dévoilent intensément, et pour la première fois depuis Match Point, on en ressort bouleversé par le destin de cette femme. Et ce n’est pas seulement grâce au jeu extraordinaire de Cate Blanchett, c’est aussi par la volonté du réalisateur de pénétrer plus profondément dans la psychologie de son héroïne, et d’impliquer l’empathie du spectateur.

Comme toujours chez Woody Allen, le public ne connaîtra probablement pas de juste milieu : on sera soit complètement indifférent, soit entièrement séduit. Et que les inconditionnels du réalisateur n’hésitent pas : Blue Jasmine fait bel et bien partie des très grands Woody Allen.

Par Marie Mallié

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