Idiot ! Parce que nous aurions dû nous aimer

D’après L’Idiot de Fiodor Dostoïevski. Ecriture, mise en scène, conception visuelle et scénographique, Vincent Macaigne.

 

Crédit : Libération
Crédit : Libération

Jeudi 9 octobre 2014. 19h à peine et déjà la fête éclate sur le parvis du Théâtre de la Ville. Dans une euphorie collective, une bande entame, dans un mégaphone, un « Joyeux Anniversaire ». Le hall d’entrée pourrait ressembler à un sas de discothèque.
« Mesdames, messieurs, des bouchons d’oreilles ?».
On décline et on essaye de trouver sa place dans ce joyeux chahut général. Pan ! Un coup de feu retentit.  Le noir envahit la salle et c’est parti pour trois heures et demie de violence physique et verbale. Trois heures et demie de cris, de rires forcés et de larmes. Dans cette nouvelle version de Macaigne, poussée à l’extrême, la soirée mousse d’anniversaire de la belle Nastassia de Dostoïevski chavire en bain de sang.

Si pour Macaigne « les personnages ne hurlent pas », tout du moins ils se font entendre. Impuissant, le
spectateur sert juste d’égouttoir. On ne peut que les écouter s’aboyer dessus comme des chiens. D’ailleurs, n’estce
pas ce qu’est devenu notre cher prince Mychkine ? Il n’y a plus de place, ni de temps pour la retenue et le
sous-entendu. On déballe tout, jusqu’à finir pour certains, dans le plus simple appareil. On assiste en témoin à la
mort de ces personnages dans la société russe, à la fin du XIXe siècle. C’est la critique acerbe d’une société putréfiée
par l’évolution et l’arrivée du capitalisme, où l’argent est roi, où les valeurs ont disparu. A bon entendeur…

Il faut saluer, cependant, le décor et le jeu remarquable des acteurs. Mais rien ne prête à sourire. Ce
qui peut s’apparenter tantôt à du comique du geste, tantôt à du comique de mot, se perd, hélas, immédiatement
dans le tragique. Ça sent le pessimisme, la douleur et la maladie. La mort n’est pas loin puisqu’elle est
présente sur scène. Personne n’est épargné. Tout le monde en prend pour son grade. Le spectateur, lui-même
se sent agressé. C’est une réelle prise d’otage émotionnelle : si on éprouve un élan de compassion, ce n’est
que de courte durée, puisqu’on ne peut que détester ces personnages gras, bruyants et exaspérants. Faîtes les
taire ! A chacun sa vision du monde en perdition : si dans ses pièces Beckett avait choisi le silence, Macaigne,
avec sa version de L’Idiot, lui, tente de nous prouver qu’il faut crier jusqu’à la fin pour exister. C’est «trash».
Le moral en prend un coup… Idiot ? Parce que nous aurions dû aimer ? Avec des bouchons d’oreilles….

Par Amandine Tignon

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