Robert Wilson : l’architecture des rêves

Assassin ou innocent, telle n’est pas la question !

Par Marie Mallié

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Daniil Kharms est un poète russe du début du XXème siècle. Son œuvre poétique mêle l’absurde et l’humour noir : « Il était une fois un homme roux, qui n’avait d’yeux ni d’oreilles. Il n’avait pas non plus de cheveux et c’est par convention qu’on le disait roux. (…) Il n’avait rien du tout ! De sorte qu’on se demande de qui on parle. Il est donc préférable de ne rien ajouter à son sujet. » (Danill Kharms in Faits Divers).

De même les deux lutins créés par Robert Wilson, dans sa mise en scène de The Old Woman, sont des personnages si étranges que l’on doute de leur réalité. Presque identiques, ils dansent, récitent, dialoguent, entourés d’un décor qui semble venu d’un autre monde.

Robert Wilson est un créateur et metteur en scène reconnu dans le monde entier. Depuis 1972, le Festival d’Automne de Paris l’accueille pour chaque saison. Cette année, c’est tout un portrait qui lui est consacré, au Musée du Louvre, au Théâtre du Châtelet, et au Théâtre de la Ville avec le spectacle The Old Woman, joué par deux acteurs et danseurs de renom, Mikhail Baryshnikov et Willem Dafoe, qui récitent les poèmes de Daniil Kharms.

Plus qu’une mise en scène, le travail de Robert Wilson introduit le spectateur dans un rêve. Les décors, les peintures, rappellent le monde de l’enfance, tels les dessins d’Antoine de Saint Exupéry dans le Petit Prince. On y reconnaît également une construction architecturale : des meubles plus improbables les uns que les autres, allant d’un lit d’enfant quasiment plié en deux à l’immense valise plus grande qu’un homme, des portes trop basses, telles les portes d’Alice au Pays des Merveilles.

Les deux personnages, méconnaissables mais pourtant expressifs, jouent tous les rôles de ce spectacle : tantôt deux amis, tantôt une vieille dame, ou une jeune fille. Mais ce mélange de différents rôles pourrait tout aussi bien signifier qu’il n’y a qu’un personnage, pris dans ses angoisses, ses peurs intérieures.

Ce personnage, un écrivain, rencontre une vieille dame, celle-ci meurt dans sa maison. Et l’écrivain a peur d’être accusé de meurtre. D’ailleurs, il rêve qu’il assassine la vieille dame. Mais peut-être n’est-ce pas un rêve, car où se trouve la réalité dans ce monde-là ? Luimême ne le sait pas, et le but du spectacle n’est pas de le savoir car le rêve importe plus que la réalité.

La réussite incontestable de ce spectacle vient de sa puissance à toucher et à émouvoir. Un petit lutin blanc et noir, tirant la langue, criant, n’a rien de séduisant. Et pourtant ces deux personnages sont terriblement attachants, de par leur vulnérabilité. Ce n’est pas un surhomme ou un héros qui va susciter l’émotion, c’est un homme perdu, terrifié, car le spectateur se sent plus proche de l’homme ordinaire que du héros, même quand cet homme ordinaire semble si étrange.

Théâtre de la Ville, du 6 au 23 novembre 2013

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