Rencontre avec Axelle de Calan

 

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Axelle de Calan est la fondatrice et la présidente de l’agence artistique Tempo Management.

1. La formation

Née en 1980, Axelle de Calan a pratiqué du violon pendant très longtemps au Conservatoire. Elle ne voulait pas être restreinte que dans le domaine musical, donc, dans le cas où elle n’arriverait pas à travailler dans le monde de la musique, elle a décidé de commencer des études de russe et de gestion d’entreprise.

2. Le parcours professionnel

2014-10-31 13.14.24 Elle a commencé en tant qu’agent dans une agence parisienne où elle s’occupait de chefs d’orchestre et de pianistes importants. Ensuite elle a travaillé à l’Orchestre du Capitole de Toulouse dans la direction artistique et elle était en charge de la production de tous les concerts de l’orchestre, que ce soit à Toulouse, en France ou à l’étranger. Une fois rentrée à Paris, elle a travaillé dans le festival de musique classique de Saint-Denis en tant que chargée de la production. Ensuite elle a créé son agence il y a trois ans et demi car elle avait envie de gérer de A à Z les artistes et non seulement d’être un maillot de la chaîne. Pour elle, accompagner un artiste ne signifie pas seulement lui trouver des dates, mais il faut avoir une vision et une compréhension de ce qu’il est d’un point de vue humain et de son projet, de comment il veut se développer. Pour ouvrir une agence artistique il faut avoir de l’expérience et avoir un réseau qui permet de trouver les artistes avec qui travailler. Elle représente actuellement huit artistes : quatre chefs d’orchestre, deux pianistes un violoniste et un violoncelliste.

3. Le métier d’agent

Agent, impresario et manager : il s’agit à peu près du même métier. Un agent doit s’occuper des relations avec tous les interlocuteurs qui touchent à l’artiste et faire connaître les artistes auprès des institutions afin de les diffuser.
Une agence présente un pôle d’artistes, elle essaie de les placer avec des dates pour qu’ils puissent être diffusés, elle gère les contrats, elle les négocie et après elle les propose dans différentes structures. Dans le domaine de la musique classique, l’agent et le booker sont deux métiers distincts. L’agent est aussi amené à travailler sur la communication, l’image des artistes et à leur trouver des labels.
La musique classique est vraiment un monde à part par rapport aux autres musiques. La manière de gérer les dates et les artistes est complètement différente. Par exemple, en musique classique on organise des événements deux voir trois années à l’avance, tandis que dans l’électro et le jazz on organise six mois à l’avance au maximum.
Mme de Calan a une petite structure et cela l’oblige à être polyvalente. Avant, le métier d’agent artistique consistait à être comme des bookers, mais aujourd’hui il faut voir les choses à 360 degrés. On travaille aussi sur l’image des artistes et on ne fait pas que trouver des dates (cela correspond seulement à une petite partie du métier, alors qu’avant ça représentait la grosse majorité).
La plupart des agences font du « general management », c’est-à-dire qu’elles ne travaillent pas seulement en France, mais aussi à l’étranger. Les agences françaises sont presque toutes petites et, en général, elles ne dépassent pas les 10 artistes, à différence des grandes agences anglaises, américaines ou encore allemandes qui représentent facilement 200 artistes avec un trentaine de salariés. Dans le passé, il y avait des agences qui travaillaient que dans une dimension franco-française. Aujourd’hui, à moins qu’on veut pas faire que du « local management », c’est très compliqué de subsister en ne restant que franco-français.
Comme Mme de Calan fait du « general management », elle a l’obligation de diffuser ses artistes à l’international (USA, Japon, Europe entière) et elle doit impérativement connaître ces marchés et tous les interlocuteurs (orchestres, maisons d’opéra, festivals, théâtres).
La carrière d’un artiste se construit sur plusieurs années. Le but d’un agent artistique est, dans un premier temps, de faire démarrer l’artiste et, dans un deuxième temps, de le faire monter en réputation, de réfléchir à son développement, d’éviter de le faire stagner et de le faire connaître à l’international.
Elle ne gère pas d’orchestre et même pas des petits ensembles. En musique classique il y a des réseaux très spécifiques : le lyrique, le symphonique, le baroque et la musique de chambre.
Mme de Calan travaille exclusivement sur le symphonique avec des chefs d’orchestre et des solistes instrumentistes qui vont jouer soit avec des orchestres, soit en récital solo soit en musique de chambre mais formée par plusieurs solistes qui jouent ensemble.

4. Les acteurs

Il y a plusieurs acteurs avec lesquels l’agent doit interagir :
– la presse / les journalistes : il est essentiel de communiquer sur un artiste ou sur un événement. Mme De Calan fait parfois appel à des attachés de presse pour faire inviter les artistes à plus de transmissions possibles, plus d’interviews possibles et pour faire venir les journalistes aux spectacles. La presse spécialisée est incontournable, mais il faut aussi essayer de se faire connaître par le public non spécialisé, par exemple en faisant de la publicité sur Radio France. Mme de Calan commence à bien connaître des journalistes, donc parfois elle les contacte directement, mais si elle veut organiser des événements plus amples, elle fait appel à un attaché de presse qui a un réseau beaucoup plus important que le sien.
– les maisons de disques : parmi les artistes que Mme de Calan représente, il y avait certains qui avaient déjà des labels attitrés. Dans le rap par exemple, quand un disque sort il y a tous les acteurs (label, bookers, manager) qui s’agitent en parallèle pour organiser une tournée qui correspond à la sortie du disque. Dans le classique c’est très différent parce que ces trois acteurs ne travaillent jamais ensemble. Ça arrive seulement dans le cas d’un artiste très connu qui fait de belles ventes. L’agence est en train de travailler afin de créer une synergie de travail pour optimiser les résultats.
En classique, à part quelque exception qui vendent des millions de disques, une belle vente se situe entre 2000 et 10000 exemplaires. Aujourd’hui les ventes des disques après les concerts fonctionnent très bien. Le marché des disques classiques a moins souffert que celui d’autres domaines musicaux aussi parce que les gens qui achètent les disques classiques ont déjà une position professionnelle et des moyens financiers.
Produire un disque coûte très cher. Avant c’était le label qui prenait en charge toutes les dépenses, mais aujourd’hui l’agence est obligée de participer.
Aujourd’hui il y a beaucoup de maison de disques qui marchent par cession de droit, c’est-à-dire que le label paye une somme globale à l’artiste une fois et l’artiste après ne touche pas de royalties. Ça arrive aussi qu’il y a des maison de disques qui s’occupent de tous ce qui est editing, livret donc presse, diffusion (publicité) et c’est à l’artiste d’amener tous ce qu’on appelle « le master » : tous les frais de production, la location éventuelle d’une salle ou du matériel pour enregistrer.
Pour un artiste classique ne pas enregistrer c’est suspect parce que c’est une carte de visite essentielle. En général, il est bien d’enregistrer un disque par an ou tous les deux ans.

5. Les contrats

Il y a quatre différents types de contrat que l’agent artistique peut négocier en faveur de l’artiste avec une structure :
– le contrat d’engagement : la structure qui accueille l’artiste est, pour une durée déterminée, l’employeur de l’artiste. C’est donc la structure qui gère sa fiche de paye, les déclarations attenantes et elle est la seule responsable de l’artiste, pas l’agent. L’agence n’est pas responsable financièrement de la billetterie de la salle. Même si les ventes ne sont pas bonnes, la structure est légalement obligée de payer le prix fixé.
– le contrat de cession : c’est l’agence qui est responsable de l’artiste. L’agence vend pour un certain prix la prestation globale de son artiste et c’est elle qui engage l’artiste et qui gère sa fiche de paye et les déclarations. La structure est tenue à payer le prix négocié, mais les recettes restent de la propriété de la salle.
– le contrat de co-production : dans ce type de contrat les risques financier sont partagés, c’est-à-dire et la salle et l’agence sont responsables de quelque chose. Dans le contrat on détermine qui est responsable de quoi et le salaire de l’artiste. Selon la négociation, il est possible pour l’agence d’obtenir une partie des recettes de la billetterie.
– le contrat de production : il y a une négociation entre la salle et l’agence qui est responsable à tous les niveaux, notamment financiers, de la production. En général, l’agence loue la salle et cette dernière continue à gérer l’accueil. Toutes les recettes vont à l’agence.
En classique le contrat d’engagement est très utilisé, mais il arrive de plus en plus de signer des contrats de cession parce que ça allège les salles d’un point de vue administratif.
Au moment de proposer et signer un contrat, c’est extrêmement important de connaître les acteur du secteur et comment ils fonctionnent. En tant qu’agent, Mme de Calan sait exactement avec qui elle a à faire quand elle négocie et elle sait quel type de contrat elle peut proposer et si la structure va accepter ou va proposer un autre type de contrat.
Les types de contrats dépendent aussi du statut de l’artiste. En France il y a le statut d’intermittent, mais par exemple aux États-Unis il y a ce qu’on appelle le statut de self-employed, statut d’auto-entrepreneur. Il n’y a pas de limites de plafond et c’est un statut que les artistes français ne peuvent pas avoir.

6. Le choix des artistes

Mme de Calan a pris tous les artistes en début de leur carrière parce que c’était un challenge qui l’intéressait beaucoup. C’est très compliqué au départ parce que ça prend plusieurs années pour développer un artiste. C’est un engagement en termes de temps et d’argent parce qu’au début on n’est pas rémunérés beaucoup et il faut voyager beaucoup aux frais de l’agence.
Maintenant elle a des artistes dont la carrière est déjà lancée. Dans le choix d’un artiste à représenter, un rôle important est joué aussi par l’humain, l’affinité qu’elle avait avec le propos artistique des artistes, leur niveaux, leur interprétation, l’émotion qu’ils lui transmettaient.
Après elle organise des rencontres, elle leur explique comment elle voit les choses. Dans ce domaine très compliqué et concurrentiel, il faut que le travail avec l’artiste soit en synergie. Il faut avoir aussi des artistes qui jouent le jeu par exemple dans les interviews et dans les rencontres avec les journalistes.
7. La rémunération
Dans le passé, la loi plafonnait la rémunération des agences : elles gagnaient le 10% des contrats des concerts, mais elles n’avaient pas le droit de toucher de l’argent provenant d’autres activités de l’artiste (par exemple des contrats avec la maison de disque). Cette pratique a changé il y a 4 ans grâce à une unification des lois sur le plan européen.
Maintenant, les agences ont le droit de toucher jusqu’à 15% sur tous les types de contrat que l’agence a négocié.
Avec un contrat d’engagement, normalement la rémunération de l’agence est négociée et incluse dans le contrat et c’est l’organisateur qui la paie. C’est-à-dire que l’organisateur paie l’artiste est puis l’agence déduit sa partie du salaire de l’artiste.
Dans le contrat de cession, il y a une partie du montant que l’agence garde pour soi et ne distribue pas à l’artiste.
Dans le cadre d’un contrat de co-production, ça dépend de comment l’agence a négocié les termes de contrat. Ça pourrait être la salle qui rémunère l’agence.
La seule source de revenu d’une agence est le cachet des artistes. Pour les agences, c’est interdit de bénéficier de financements. Seulement l’artiste peut demander des subventions pour ses projets, mais l’agence ne touche rien.
En général, pour se rendre compte des chiffres que les agences pourraient gagner d’un cachet d’un artiste : les musiciens classiques qui tournent bien peuvent être très bien payés. Par exemple, un jeune chef d’orchestre peut toucher entre 5000 et 7000 euros pour un premier concert pour une date ou encore des très grands solistes sont payés entre 20000 et 60000 euros par soirée.
Un artiste a un « cachet habituel », selon le niveau et la réputation il y a une somme précise que l’agence essaie de négocier. Mais, il faut aussi être conscient de l’interlocuteur, des moyens de la structure : s’elle a les moyens, il ne faut jamais aller au rabais, s’elle ne les a pas, on peut arriver jusqu’à réduire le montant de la moitié. Dans ce cas là, il faut penser à demander à la structure de rester discrète sur les termes et les prix et d’ajouter dans le contrat deux clauses : d’interdiction de divulguer et que le montant ne pourra pas être la base pour une négociation ultérieure.
8. Les qualités et les compétences d’un agent artistique
Un agent artistique doit avoir des qualités naturelles et doit acquérir des compétences afin de pouvoir exercer au mieux son métier :
– être curieux (par exemple sur comment fonctionne le milieu dans lequel il interagit, sur comment fonctionne la structure avec laquelle il négocie, etc.)
– capacité de négociation
– communication, connaître les langues. C’est indispensable de parler l’anglais parce qu’avec les artistes étrangers la langue de travail est l’anglais
– avoir envie de voyager. Un agent artistique est amené à voyager souvent. Il lui arrive régulièrement d’accompagner des artistes à l’étranger ou d’organiser des voyages. L’agent doit aller voir des salles et des organisateurs pour essayer de leur vendre ses artistes et leurs projets. Mme de Calan voit le fait d’accompagner ses artistes dans leurs voyages comme un moyen d’optimiser son réseau. Un agent ne peut pas penser de développer ses artistes et l’agence sans travailler et sans rencontrer des gents
– passion
– organisation
– être autonomes tout en sachant travailler en équipe
– adaptabilité
– polyvalence selon la taille de la structure dans laquelle il travaille. Les agences de grande taille sont plus hiérarchisés avec des postes précis, mais dans les petites agences il faut savoir être polyvalents et sortir des frontières de sa profession
– réactivité
– proactivité

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